Le petit glossaire
Le chiac, c'est le français d'icitte : l'acadien du sud-est, tressé d'anglais, parlé à Moncton comme nulle part ailleurs. On note les mots à mesure qu'on les apprend — avec l'équivalent français, le sens, et un exemple pour pas se planter.
Ce qui demande de l'effort ou ce qu'on subit. L'archétype du mot chiac : racine anglaise, habit français. De l'anglais hard.
C'tait hardé à matin, le pare-brise était pris dans la glace. »
Ce mot-là, on l'a peut-être pas encore appris. Écris-nous, on l'ajoute.
achaler
Importuner, harceler de petites sollicitations. Un classique acadien que le chiac garde précieusement.
« Arrête de m'achaler avec tes questions, j'travaille là. »
amanchure
Un objet dont on a oublié — ou jamais su — le nom. Souvent avec une nuance de « mal fichu ».
« C't'amanchure-là tiendra pas l'hiver, garanti. »
anyway
Mot de transition omniprésent à l'oral pour clore un sujet ou enchaîner.
« Anyway, on y va pareil, qu'i' mouille ou pas. »
asteure
Contraction de « à cette heure ». Vieux français conservé en Acadie, pas un anglicisme.
« Asteure qu'le ch'min est dégagé, on peut sortir le char. »
backer
Faire marche arrière (en char) ou appuyer quelqu'un. Le sens se devine au contexte.
« Backe le truck dans l'entrée, j'vas décharger l'bois. »
bavasser
Parler dans le dos des gens, colporter. Celui qui le fait est un bavasseux.
« A passe ses journées à bavasser au téléphone. »
braker
Appuyer sur le frein. Indispensable quand un orignal traverse la 15.
« J'ai braké juste à temps, l'orignal traversait. »
chum
Un ami proche, ou le conjoint selon le ton. Au féminin, on dira plutôt « blonde ».
« C'est mon chum d'enfance, on s'connaît depuis la p'tite école. »
enwèye
Cri d'encouragement ou d'impatience. De « envoie ». S'écrit comme ça se crie.
« Enwèye, embarque, on va être en r'tard à messe. »
frette
Plus fort que « froid ». Réservé aux vrais matins d'hiver acadien, vent compris.
« Y fait frette en mautadit à matin, -25 avec le vent. »
garocher
Projeter quelque chose, souvent sans viser bien longtemps. Acadianisme pur.
« Garoche-moi les clés, j'pars le char. »
hardé
★ cette sem.Ce qui demande de l'effort ou ce qu'on subit. L'archétype du mot chiac : racine anglaise, habit français.
« C'tait hardé à matin, le pare-brise était pris dans la glace. »
magasiner
Aller aux magasins, et surtout comparer avant d'acheter. Québécisme partagé par l'Acadie.
« On a magasiné toute la fin d'semaine pour des bottes d'hiver. »
mautadit
Euphémisme poli de « maudit ». S'emploie pour pester sans vraiment jurer.
« Mautadit qu'i' fait frette à soir! »
niaiser
Faire l'idiot, taquiner, ou perdre son temps. Le contexte décide si c'est gentil.
« Arrête de niaiser pis aide-moi à pelleter l'entrée. »
pantoute
Négation totale, de « pas en tout ». Se met en fin de phrase pour insister.
« J'ai pas aimé ça pantoute, leur poutine au homard. »
right
Intensificateur passe-partout, posé devant un adjectif. Très chiac, très Moncton.
« Le café à 'taverne, y'é right bon. »
spotter
Remarquer quelqu'un ou quelque chose dans une foule, du premier coup d'œil.
« J'l'ai spotté tu-suite avec sa tuque rouge. »
tight
Ce qui est ajusté, ou un budget qui ne laisse pas de marge en fin de mois.
« On é un peu tight c'mois-citte, faut watcher l'budget. »
watcher
Garder un œil sur quelque chose ou quelqu'un. L'un des verbes chiac les plus utilisés.
« Watche les p'tits deux minutes, j'reviens. »
